Eau de Paris : un réseau mis à sec

Posté sur X le 13 juillet 2026


Eau de Paris est une vraie belle institution parisienne, qui a la lourde mission de veiller sur l’un des grands réseaux structurants dont Paris a hérité pour faire face au changement climatique : le réseau d’eau non potable, issu des grands travaux d’Haussmann et Belgrand.
Avec le réseau de froid lancé sous Jacques Chirac, c’est l’un des rares outils historiques dont dispose concrètement Paris pour rafraîchir, nettoyer, arroser et adapter la ville au réel.


Le réseau d’eau non potable, c’est environ 1700 kilomètres qui servent au nettoyage des rues, aux égouts, à l’arrosage des espaces verts, aux fontaines. C’est donc tout logiquement qu’à Paris, la majorité l’a confié aux « écolos ». Et que plus rien de tout cela n’est fait.


Les présidents d’Eau de Paris (Dan Lert hier, Alice Timsit aujourd’hui) ont accompagné une doctrine de recul pudiquement maquillée en « rationalisation ». En réalité, une étude de l’APUR évoque près d’un tiers du réseau d’eau non potable appelé à être sorti du fonctionnement utile. -30% !
Pire encore : Paris a déjà sorti du système des sites majeurs de production d’eau comme l’usine d’Auteuil, le réservoir de Grenelle et une partie des capacités de Passy. Avec, parfois, en arrière-plan, des réaffectations foncières ou immobilières. Tant qu’à faire.


Eau de Paris devrait être l’un des bras armés de l’adaptation climatique. Les écolos l’ont abaissée au rang de SAV de la communication municipale : des gourdes distribuées pendant la canicule (oui oui !), des brumisateurs mal entretenus, des fontaines Wallace saccagées et surtout des photos d’élus satisfaits. Voilà l’écologie parisienne : en surface, on distribue des goodies pendant que, sous terre, on affaiblit l’infrastructure qui permettrait justement d’économiser l’eau potable, de nettoyer, d’arroser et de rafraîchir.


Pourtant, une autre stratégie existe. Dans le 19e, la résidence Paris Habitat du 29 rue Armand-Carrel est raccordée au réseau d’eau non potable pour le nettoyage des communs et l’entretien des espaces extérieurs.
Voilà ce qu’il faudrait développer dans le parc social, les équipements municipaux, les copropriétés, les grands ensembles, partout où l’on peut éviter d’utiliser de l’eau potable pour laver, arroser, nettoyer ou tirer la chasse.


En conseil d’arrondissement du 19e, j’ai donc demandé une chose simple : suspendre les décisions irréversibles, rouvrir le dialogue avec Eau de Paris, l’APUR, les bailleurs sociaux et les mairies d’arrondissement, et étudier sérieusement un scénario de maintien renforcé du réseau. La majorité qui prétend préparer Paris à 50 degrés a voté contre. Enfin, plus précisément, le maire François Dagnaud a dit ne pas avoir totalement compris.


Eau de Paris mérite mieux que des écolos dans les tuyaux. Une ville qui se prépare vraiment à la chaleur ne commence pas par démonter ses réseaux historiques. Elle les protège. Elle les répare. Elle les raccorde.