Tour Eiffel : faillite à tous les étages

Posté sur X le 8 septembre 2026

Le saviez-vous ? La Ville de Paris possède 99 % de la société qui exploite la Tour Eiffel. À Paris, ils veulent tout contrôler, ils ne savent rien gérer. La Tour Eiffel en est l’exemple parfait. Prenez l’ascenseur avec moi : vous n’en croirez pas vos yeux.

– Premier étage : faillite économique

Le billet pour le sommet est passé de 17 à 36,70 euros, avec encore une hausse de 20 % d’un coup en 2024. En douze ans, le prix a donc plus que doublé.

Amusant : quelques mois plus tôt, communistes et écologistes s’indignaient au Conseil de Paris de l’augmentation de 29 % du billet du Louvre. Quand l’État augmente ses tarifs, c’est une atteinte à l’accès à la culture. Quand ils sont aux commandes, visiblement, ils n’y vont pas avec le dos de la cuillère.

Et avec ces tarifs, au moins, les comptes doivent être florissants ? Même pas ! La SETE a enchaîné six exercices d’exploitation déficitaires de 2019 à 2024. La Ville a dû la recapitaliser à hauteur de 75 millions d’euros et le programme d’investissements a dérivé de 156 millions.

Confiez-leur l’un des monuments payants les plus visités au monde : ils réussiront à doubler les prix tout en perdant de l’argent.

– Deuxième étage : faillite patrimoniale

Vous ne le saviez sûrement pas : la Tour Eiffel n’est toujours pas classée au titre des Monuments historiques. Elle est seulement inscrite. L’État confirme pourtant qu’elle remplit les critères permettant son classement. La raison ? En 2024, Anne Hidalgo a répondu très simplement : « Non, je ne vais pas le demander. »

À croire qu’à Paris, même sur le patrimoine, il faut absolument garder le doigt sur l’interrupteur.

Conséquence ou pas, l’entretien n’est guère plus glorieux. La campagne de peinture lancée fin 2018 devait durer moins de trois ans. Huit ans plus tard, elle n’est toujours pas totalement achevée. Son budget initial tournait autour de 50 millions d’euros ; la facture atteint désormais au moins 80 millions, soit plus de 60 % de dérapage, après des retards, des interruptions et plusieurs crises.

Pendant ce temps, les syndicats dénonçaient des traces de rouille et un « état de délabrement » inquiétant. La direction assure aujourd’hui que le fer est solide. Encore heureux !

Quand on voit déjà l’état de certains HLM parisiens, leur confier 330 mètres de fer à repeindre relevait peut-être de l’optimisme.

– Troisième étage : faillite sécuritaire

Au pied de la Tour, vendeurs à la sauvette, bonneteau, pickpockets et trafics sont devenus tellement ordinaires que l’adjoint au tourisme d’Anne Hidalgo finissait par reconnaître en 2024 que cela faisait « quasiment partie du paysage ». Ben voyons !

Plus grave, le Champ-de-Mars a accumulé les faits divers sordides. Rien qu’en 2023 : une touriste brésilienne violée, une Allemande échappant à une tentative de viol, une Mexicaine dénonçant un viol en réunion, puis une touriste britannique violée sous la menace d’un couteau.

Et une fois franchi le fameux mur de verre à 35 millions d’euros, lui-même bien mal entretenu ? En août 2023, moins d’un an avant les Jeux olympiques, deux touristes américains réussissent à se cacher dans la Tour et y passent tranquillement la nuit. Trois jours plus tard, un homme escalade le monument à l’aube puis en saute en parachute.

On entre, on dort, on escalade, on saute. Tout va bien.

– Dernier étage : la faillite morale

En janvier dernier, Anne Hidalgo annonçait en grande pompe l’inscription des noms de 72 femmes scientifiques sur la Tour Eiffel. Objectif officiel : rendre leur place à ces femmes « trop souvent invisibilisées dans l’histoire ». La SETE parlait même d’un geste permettant de « profondément faire évoluer les mentalités ».

Huit mois plus tard, dans cette même Tour Eiffel, des salariées ont été priées de quitter leur poste ou de se rendre invisibles pour limiter leurs interactions avec une délégation religieuse masculine. La SETE a fini par reconnaître que cette exigence n’aurait jamais dû être acceptée.

À la Tour Eiffel, la gauche parisienne grave les femmes dans le fer et les cache dans les couloirs.

Et son président ? Ariel Weil a trouvé avec la SETE un sympathique complément de revenu à son mandat de maire de Paris Centre : jusqu’à 15 245 euros nets par an. Sans que cela semble trop empiéter sur ses vacances estivales : quand le scandale éclate, il affirme n’avoir été au courant de rien, demande une enquête, rappelle courageusement son attachement à l’égalité femmes-hommes et promet désormais de « faire la lumière ».

La raison selon lui ? Des cadres ont été beaucoup trop zélés. Avec des chefs comme ça, on se sent soutenus…

La Tour Eiffel devrait être la vitrine de ce que Paris sait faire de mieux. Elle est devenue le résumé vertical de vingt-cinq ans de gestion municipale.

Ils veulent tout contrôler. Ils ne savent rien gérer.


Kevin Messy
Conseiller d’arrondissement du 19e arrondissement de Paris