Posté sur X le 2 septembre 2026
— « Sale pédé, je vais te tuer »
Dans la nuit de samedi à dimanche, Pierre Picavet, policier et président de FLAG!, a été violemment agressé à la sortie d’un bar du Marais. Coups, bouteille au visage, fractures : celui qui préside l’association des personnels LGBT+ des ministères de l’Intérieur et de la Justice s’est retrouvé à l’hôpital, au cœur même du quartier historiquement associé à la liberté des homosexuels parisiens.
Lui qui fréquente le Marais depuis trente ans raconte y voir « de plus en plus de personnes qui viennent pour dépouiller les LGBT, les frapper ou leur proposer des stupéfiants ». Après son agression, il y est retourné avec, dit-il, « vraiment la peur au ventre ». Quand le président de FLAG! en arrive à avoir peur dans le Marais, nous ne sommes plus devant un simple fait divers.
Le contraste est cruel avec la campagne municipale et son « club des homosexuels », formule montée de toutes pièces et attribuée à @datirachida pour faire de la retape électoraliste. Pendant des jours, on a distribué les brevets de vertu et traité les homosexuels comme un bloc électoral à conserver sous cloche. J’avais dénoncé cette logique et je persiste : une question autrement plus urgente restait celle de notre sécurité.
— Derrière les drapeaux, les chiffres
En 2024, 455 infractions anti-LGBT+ ont été enregistrées à Paris : rapporté à la population, c’est près de trois fois la moyenne française. Cette dégradation s’inscrit dans une tendance plus large : les infractions anti-LGBT+ enregistrées ont très fortement progressé depuis 2016.
À cela s’ajoute un phénomène particulièrement sordide, celui des guets-apens : faux profils sur les applications, rendez-vous organisés pour isoler une victime, la voler, la faire chanter ou la frapper. Les associations en recensaient encore un tous les quatre jours en 2024.
Voilà un paradoxe parisien de plus. Jamais la Ville n’a autant affiché son engagement LGBT : drapeaux, campagnes, subventions, discours et célébrations. Tant mieux lorsqu’ils accompagnent une politique efficace. Mais lorsque le Marais lui-même devient un endroit où des homosexuels disent avoir « la peur au ventre », l’affichage ne suffit plus. Un drapeau arc-en-ciel n’arrête pas un coup de bouteille.
— Le premier droit, c’est la sécurité
Il existe un droit élémentaire : pouvoir tenir la main de son compagnon dans la rue, sortir d’un bar du Marais ou accepter un rendez-vous sans se demander si l’on va finir à l’hôpital. La liberté ne vaut pas grand-chose lorsqu’elle s’exerce avec la peur au ventre.
Cela commence par une évidence : une police municipale qui tourne réellement la nuit. Une agression à quatre heures du matin rappelle l’absurdité d’une police qui disparaîtrait précisément aux heures où une partie des violences nocturnes se produit. Paris doit renforcer les patrouilles autour du Marais et des lieux festifs, mieux coordonner police municipale et police nationale, équiper correctement ses agents et utiliser pleinement la vidéoprotection pour identifier les auteurs.
Pendant la campagne, certains ont consacré beaucoup d’énergie à expliquer aux homosexuels parisiens qui étaient leurs amis, leurs ennemis et presque pour qui ils devaient voter.
Qu’ils consacrent désormais la même énergie à leur permettre de rentrer chez eux sans avoir peur.
Nos voix ne leur appartiennent pas ; notre sécurité, en revanche, relève bien de leur responsabilité.
Le premier droit LGBT n’est pas le pinkwashing.
C’est la sécurité.
Et à Paris, elle n’est toujours pas garantie.
— Kevin Messy (@KevinMessy19)
Kevin Messy, conseiller d’arrondissement du 19e arrondissement de Paris.
