À Paris, le vrai plafond n’est plus celui des loyers : c’est celui de l’offre

Posté sur X le 13 juin 2026



La majorité parisienne salue la dernière étude de l’APUR sur l’encadrement des loyers comme une victoire. Elle y voit la preuve que sa politique fonctionnerait. Elle devrait plutôt y voir une invitation à la prudence, tant l’écart est grand entre le résultat statistique revendiqué et la réalité vécue par les Parisiens. Et ce constat devrait interpeller.


L’APUR, financée majoritairement par la Ville de Paris (près de 6 millions d’euros par an) estime que l’encadrement aurait modéré les loyers de 5 % entre 2019 et 2025. Ce chiffre ne signifie pas que les loyers ont baissé comme le laisse entendre David Belliard, secouant le hochet de 1000 euros d’économies par an pour les locataires. Il mesure l’écart entre les loyers observés et ceux qu’un modèle estime probables en l’absence d’encadrement. C’est une construction économétrique qui peut être rigoureuse, mais ce n’est pas une baisse constatée dans la vie quotidienne.


Au contraire, les chiffres mêmes de l’APUR pointent que le loyer moyen observé dans les annonces passe de 1504 euros en 2019-2020 à 1632 euros en 2024-2025. Une hausse contenue n’est d’ailleurs pas nécessairement une bonne nouvelle. Dans une période où l’inflation, les charges, les travaux, les normes énergétiques, la fiscalité et les risques locatifs augmentent, empêcher les loyers de suivre ces coûts revient à dégrader l’équilibre économique de la location. À court terme, on affiche une modération. À moyen terme, on décourage l’offre.


Et c’est là que se trouve le vrai chiffre choc. Selon SeLoger, qui a participé à l’étude de l’APUR, le stock d’annonces d’appartements à louer a chuté de 74 % en trois ans à Paris. Le Monde décrivait en 2025 une pénurie aggravée, avec parfois plus de 1 400 candidats pour une seule annonce en quelques jours. Cela n’aide pas les locataires, mais aggrave la concurrence dans un marché où le choix pour les locataires disparaît.


Pourtant, l’APUR estime que l’encadrement des loyers n’aurait pas eu d’impact significatif sur cet effondrement de l’offre locative. Incroyable ! Sans contester la rigueur du travail, il est difficile de croire qu’une contrainte supplémentaire sur les loyers soit neutre dans une ville où l’offre se contracte aussi fortement et dans des proportions bien plus graves que dans n’importe quelle autre ville de France. Les professionnels du logement le disent clairement : à force d’alourdir le risque locatif, on finit par décourager l’offre.


Mais c’est moins l’étude de l’APUR que son interprétation triomphaliste par la mairie de Paris qui pose problème. Car la crise de l’offre n’est pas tombée du ciel. Elle est aussi le produit d’une stratégie qui ajoute de la contrainte à la contrainte, de la défiance à la défiance, de l’administration à l’administration.


Bien sûr, l’encadrement des loyers n’explique pas tout. Les taux, le DPE, la fiscalité, la baisse de rotation, les locations touristiques jouent aussi leur rôle. Mais prétendre qu’il n’aurait aucun effet relève d’un refus du réel. Quand les loyers progressent moins vite que les coûts, le message est clair : louer devient moins rentable, plus risqué, plus compliqué.


Airbnb est souvent présenté comme le coupable idéal. La réalité est plus nuancée. Les logements entiers proposés sur Airbnb représentent environ 3,5 % du parc total en 2025 d’après l’APUR. Dans le même temps, le logement social est passé d’environ 13 % du parc en 2001 à près de 25 % aujourd’hui, avec un objectif de 40 % de logement public. Quand Airbnb pèse quelques points, la transformation structurelle du parc en pèse bien davantage.


Alors certes, les logements préemptés ou conventionnés ne disparaissent pas. Ils continuent de loger des Parisiens. Mais ils en sortent autant du marché fluide pour entrer dans un système de listes d’attente, de faible mobilité et de gestion administrée. Ce modèle peut répondre à des situations sociales. Il ne suffit pas à faire fonctionner un marché.


La mécanique est désormais claire. D’un côté, la Ville réduit progressivement le parc privé disponible par préemptions. De l’autre, elle encadre les loyers pour corriger les effets d’une pénurie qu’elle contribue elle-même à aggraver. Le résultat est un marché verrouillé, totalement administré, qui ne répond plus à aucun de ses objectifs.


Face à cela, la réponse municipale est toujours la même : signalements, contrôles, sanctions, brigades. Près de 4 600 signalements ont été déposés, pour des suites très limitées. Ce décalage dit tout : Paris crée des règles qu’elle peine elle-même à faire respecter.


Cette défiance généralisée est devenue un problème en soi. Elle décourage ceux qui pourraient louer, investir, entretenir. Elle donne l’illusion de protéger, mais elle produit surtout de la rareté. Le modèle français repose sur des règles. Mais des règles claires, stables et lisibles. Une puissance publique utile fixe un cadre. Elle ne remplace ni la confiance, ni la propriété, ni l’initiative.


Cette étude doit dépasser le débat parisien. Elle doit alerter l’État. Nous savons pouvoir compter sur Vincent Jeanbrun pour aborder cette crise avec sérieux, loin des effets d’annonce. Le logement ne se réglera pas par des pansements administratifs, mais par une politique d’ensemble : recréer de l’offre, stabiliser les règles, restaurer la confiance.


À Paris, on prétend protéger les locataires en plafonnant les loyers, mais l’on oublie que le premier droit d’un locataire est encore de trouver un logement. Le vrai sujet n’est donc pas le plafond des loyers. C’est le plafond de l’offre. Et cette offre s’effondre, sous les applaudissements d’autosatisfaction de ceux qui prétendent la protéger.



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